Lemal, le bon exemple
Le Sprimontois a été élu arbitre de l'année pour la deuxième fois d'affilée.
Nouvelle consécration pour Pascal Lamal, lauréat du titre de meilleur arbitre belge de futsal.
Déjà plébiscité l'an passé, le Sprimontois de 47 ans continue d'écrire son histoire, en toute modestie, mais avec une passion qui demeure intacte, entière, sincère.


Infirmier au sein de l'unité d'hémodialyse du Centre hospitalier Régional de la Citadelle, Pascal Lemal est connecté à la vie, la vraie, celle qui vacille aujourd'hui devant l'intrusion soudaine et fielleuse du Covid-19, celle qui charrie dans un même souffle la lumière de l'espoir et l'ombre de l'inquiétude.
"C'est parfois très compliqué. Dans notre service nous nous en sortons pourtant assez bien", témoigne-t-il. "Nous avons le matériel adéquat et nous n'avons constaté que deux cas d'infection, chez des collègues plus âgés, pour un groupe de 40-50 soignants. Mais ce n'est pas fini, restons vigilants."
C'est peut-être parce qu'il voit ses convictions mises tous les jours à rudes épreuves, dans un contexte délétère et angoissant, que le Sprimontois de 47 ans reste en permanence en éveil, à la recherche des bons gestes, des bons choix. Et qu'il poursuit en parallèle, une incroyable carrière dans l'univers de l'arbitrage. Le maillage qui relie son métier et sa passion est dense, solide. Et il est constitué de deux éléments incontournables ; retenue et remise en question.
Même s'il n'entre plus en ligne de compte pour l'attribution d'un badge FIFA - la notion de limite d'âge (45 ans), bien que devenue inexistante dans les textes, est toujours d'aplication -, il demeure la référence nationale en la matière, ce qu'un deuxième titre de l'année est venu certifier. L'homme aux cinq Euros (2007, 2010, 2012, 2014 et 2016) et aux deux Coupes du Monde de futsal (2012 et 2016) qui fut international durant treize saisons, ne boude certainement pas son plaisir.
"Cette récompense est une petite surprise dans la mesure où la saison s'est arrêtée avant les play-offs, et donc avant les grands matchs", explique-t-il. "Je ne cherche jamais à être sur le devant de la scène, la reconnaissance que les clubs et les joueurs peuvent vous manifester est par contre toujours plaisante".
Une question de partage
Le sourire d'un dirigeant, les remerciements d'un sportif ou d'un supporter à l'issue d'une partie sont autant d'instants de joie qui poussent Pascal Lemal à poursuivre l'aventure : "Je vois que je suis encore capable d'assumer la fonction en D1. Et d'être utile.
Chaque année, à cette période, je me pose la question de savoir si je continue ou si j'arrête. Car je n'ai pas envie de redescendre les échelons, de peur de perdre ma motivation. Là, je me sens encore bien physiquement, malgré un genou qui n'est plus très vif (sourire). Je vais donc certainement repartir pour un tour".
Parce qu'il se veut aussi l'étendard, bien malgré lui, d'une confrérie qui peine à se renouveler, à susciter des vocations, le Carrier prend la peine d'aider, d'encadrer ses jeunes collègues. "L'arbitrage, c'est avant tout une question de partage", soutient-il encore. "Moi aussi j'ai pu, à mes débuts, bénéficier de l'expérience de Perry Gautier ou de Christian Hauben. Et j'ai eu la chance d'effectuer des chouettes rencontres lors des différents tournois majeurs auxquels j'ai participé. J'espère que désormais d'autres auront le bonheur de vivre de tels moments". Surnommé le Frank De Bleeckere du futsal - "un pseudonyme que j'accepte avec honneur, avec un sourire agréable car sa carrière a été exceptionnelle" -, il traverse les époques, enchaîne les séquences sportives en s'adaptant aux contraintes qui se multiplient, qui évoluent.
Même si je n'aime pas ce terme, l'arbitre est là pour imposer un règlement. Et il faut user de psychologie afin de faire respecter les lois du jeu. Avant, Perry Gautier, qui était gendarme de profession, soumettait ses décisions de manière très autoritaire. Aujourd'hui, cela ne passerait plus, ce serait la révolution ! L'ambiance est parfois lourde et pesante, on est souvent désigné comme l'ennemi public numéro 1 et il faut être capable d'assumer son rôle, toujours avec justesse et impartialité. Et c'est là que l'expérience demeure primordiale". La critique est nécessaire, doit être franche et sincère, sans forcément être dommageable pour aucune des parties. "Il faut être confronté à des incidents pour progresser. Je ne suis pas favorable à une protection extrême des jeunes referees. Les conséquences peuvent être immenses dans une salle comble de 500 personnes, ils peuvent perdre pied, ne jamais s'en remettre. L'objectif est de les accompagner pour les préparer le plus vite possble à appréhender ces matchs plus intenses. Mon conseil est simple : il ne faut surtout pas se décourager. Au début, il y aura toujours un peu de panique, de frustration. C'est inévitable".
Pascal, le grand frère
La question de la relève, dans un sport qui demeure amateur en Belgique, interpelle forcément le Sprimontois, qui jette un oeil bienveillant sur le contingent liégeois - il est affilié au club de Defra Cars Grâce-Hollogne. "Malgré les soucis de recrutement, notre région a toujours été assez bien représentée. Certains possèdent un réel potentiel, ils peuvent donc envisager de se faire une petite place au soleil. Comme toujours, tout est question de motivation, à ne pas confondre avec un excès de confiance, et aussi de chance, d'opportunité. Un badge FIFA se libérera peut-être dans deux~trois ans, ce sera à eux de saisir cette occasion". Pour vivre des moments inoubliables comme tous ceux qui ont façonnés l'histoire sportive de Pascal Lemal, un arbitre qui persiste, par ses prestations, en toute humilité, à être une source d'énergie et d'inspiration.
YOUNG KRUYTS